Paru dans le Journal Suisse d’Horlogerie JSH, Mars 1895: « Celui que l’on avait surnommé le «père de l’horlogerie américaine», Aron-L. Dennison, vient de mourir en Angleterre dans sa quatre-vingt-troisième année. »
Joël A. Grandjean, rédacteur en chef JSH Magazine & Swiss-Watch-Passport.ch
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Mars 1895: « Les détails biographiques qui suivent complètent ceux qu’avait déjà donnés à son sujet notre collaborateur M. J.-J. Badollet ».
Dennison est né en Amérique le 6 mars 1812. Son père exerçait la profession de cordonnier. Dès sa jeunesse, il apprit à connaître les exigences de la vie: à l’âge de douze ans il était employé comme aide-maçon; à treize ans il sciait du bois à Brunswick (État du Maine), où son père venait de s’établir.
Deux ans plus tard, il travaillait avec son père, mais le métier de savetier lui était d’autant plus désagréable, que son intelligence le portait à la conception des combinaisons mécaniques. Son père le reconnut du reste, car, en 1830, il le mit en apprentissage chez James Carey, horloger à Brunswick.
Dennison quitta cette ville en 1833 pour aller se perfectionner à Boston, où il fit la connaissance de Tubal Hone, qui était considéré à cette époque comme l’horloger le plus habile de la localité. La fabrication des armes à feu, qu’il observa assidûment à Springfield (Mass.), paraît avoir profondément frappé l’esprit inventif de Dennison, et avoir définitivement développé chez lui l’idée d’appliquer à l’horlogerie le même système de fabrication, savoir la production de pièces identiques et par conséquent interchangeables.

Il mûrit cette idée jusqu’en 1849, époque à laquelle il persuada à M. Edward Howard d’entreprendre avec lui la fabrication des montres. Pendant que M. Howard montait la fabrique, Dennison était en Europe, étudiant plus à fond les divers procédés de production. De retour en Amérique, il proposa l’exécution d’une montre marchant huit jours, mais comme elle présentait des défauts, on en revint à l’idée d’une montre marchant un jour.
C’est en 1853 que les premières montres de la Boston Watch C° furent lancées sur le marché, pour le prix de 40 dollars. Les premières années furent difficiles, et Dennison eut à subir divers changements dans sa position. En 1894, il fondait à Boston avec M. A.-O. Bigelow, la Tremont Watch C°, et conseillait, à cause des prix élevés à cette époque, de faire venir de Suisse certaines parties du mouvement.
Dennison conseille en 1894, à cause des prix élevés à cette époque, de faire venir de Suisse certaines parties du mouvement
Il se rendit ensuite en Suisse, et choisit Zurich pour y établir le centre de cette fabrication. Les choses allèrent ainsi jusqu’en 1866, époque à laquelle les directeurs de la Compagnie décidèrent de construire une nouvelle fabrique à Boston. Dennison n’approuva pas cette idée et se retira de la société. Il resta en Suisse jusqu’en 1870, ayant encore des fournitures à livrer suivant un contrat qu’il avait avec la Melrose Watch C°. Il revint ensuite en Amérique et, après une entreprise infructueuse, il se rendit en Angleterre où il fonda l’English Watch C°.

En 1875, alors que l’American Waltham Watch C° s’ouvrait des débouchés à Londres, Dennison lança, principalement en vue des produits de cette société, la fabrication des boîtes de montres, et devint l’associé de M. Wigley, fabricant anglais appartenant à cette spécialité. La fabrique Dennison, Wigley & C°, à Birmingham, est aujourd’hui l’une des plus grandes qui existent, en Angleterre.
Bien que résidant dans ce dernier pays depuis plus de vingt ans, Dennison a conservé jusqu’à sa mort, dans son aspect, ses manières, et jusque dans la coupe de ses vêtements, le type le plus pur du véritable Américain. Il était grand, de figure maigre, alerte de corps et d’esprit, et de sa personne émanait une sorte d’influence magnétique qui attirait à lui tout le monde. D’une honnêteté irréprochable, charitable sans ostentation, Dennison était fort aimé de tous ceux qui avaient le privilège de le connaître.