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Cendres+Métaux devient CMSA: interview du CEO

Temps de lecture : 4 minutes

Poussières d’avenir! Il me manque déjà, ce mot «Cendres» qui rendait si particulière cette société biennoise répondant depuis plus de 100 ans au nom de «Cendres+Métaux». Un tel changement, est-ce bien raisonnable? Philipp von Büren, le CEO, me répond.

Propos recueillis par Joël A. Grandjean / Rédacteur en chef de JSH® Magazine & Swiss Watch Passport 
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Philipp von Büren, CEO de CMSA: « Ce mot fait partie de notre histoire depuis 1885 lorsque Aufranc & Cie et Zanelli & Fils produisaient des alliages à partir de rebuts et de cendres métalliques. Le nom Cendres+Métaux a été défini en 1924. Il a accompagné l’entreprise pendant plus de 100 ans. »

C’était donc lié au raffinage?

Effectivement, depuis 2020, nous avons cessé nos activités de raffinage. Après 140 ans d’évolution, notre réalité industrielle n’est plus celle des fonderies du XIXe siècle.

Sauf erreur, dans votre passé, vous étiez également très orienté « bijouterie-joaillerie », comme le relèvent d’anciennes éditions du Journal Suisse d’Horlogerie et de Bijouterie (JSH)?

Effectivement, dès les années 1920–1930, Cendres+Métaux élargit son portefeuille aux alliages dentaires et aux alliages spéciaux pour la bijouterie. À partir des années 1945–1980, l’entreprise devient le plus important fournisseur d’alliances en Suisse, allant même jusqu’à créer sa propre ligne: Carlos de Milo.

Et aujourd’hui?

Notre groupe s’est transformé en un acteur technologique très diversifié: métaux précieux, plus de 400 alliages, secteurs horlogerie, medtech, industrie. Ceci dit, nous continuons à fournir nos alliages et nos produits semi-finis à l’industrie de la bijouterie.

Foire de Bâle en 1958, visuel publicitaire de la marque Carlos de Milo

Après 140 ans, la raison sociale devient donc CMSA, pour «Contract Manufacturing Solutions Alliance».

Notre nouveau nom reflète mieux ce que nous sommes devenus. Une identité, moderne et prête pour les prochaines 140 ans, une organisation intégrée, agile, multi-sites… Nous couvrons toute la chaîne de valeur et nous sommes orientés solutions, innovation, dévelopment et collaboration.

Qui dit nouveau nom dit nouveau logo?

Il est plus épuré, plus industriel, il traduit visuellement cette transition. Il symbolise l’union de plusieurs expertises sous une seule identité. Il marque une étape importante dans la consolidation du groupe tout en respectant son héritage.

Un héritage pluri-sectoriel…

Nos secteurs dominants sont désormais: horlogerie, boîte de montre assemblée, boucles, fermoirs, bracelets, masses oscillantes, composants d’habillage; medtech, composants de haute précision pour p.ex. des stents, implants dentaires et auditifs ou implants orthopédique pour traumatologie, assemblage salle blanche. Il y a aussi les industries électroniques, aéronautique et des semi-conducteurs, le traitement des métaux précieux et alliages spécialisés, ors, platine, palladium, ou les non-précieux comme le titane, le magnesium, le carbone forgé…

Quelle est la part de l’horlogerie dans cette galaxie de compétences?

Notre pilier stratégique reste l’horlogerie, secteur où nous avons le portefeuille le plus large. Leader dans les masses oscillantes, nous couvrons aussi une large partie des composants pour des calibres horloger: vis, tenons, viroles, cônes, goupilles, couronnes, roues et pignons. Et 80% des composants habillage, boîtiers, fonds, fermoirs, bracelets, boucles, décorations, composants mécaniques de haute précision, traitements de surface, assemblages spécialisés.

J’ai retrouvé l’appellation « Edelweiss » liée à votre histoire. Disposez-vous de marques déposées liées à des alliages ou des procédés?

L’Edelweiss d’origine n’était pas une marque commerciale, mais le nom d’un amalgame d’argent développé par Cendres+Métaux dans l’entre-deux-guerres. Notre stratégie repose avant tout sur une identité de groupe forte, CMSA, et non sur des marques-produit. Notre valeur provient de l’expertise, de la précision d’usinage et de l’intégration verticale. Nous disposons toutefois d’Etamir®, marque protégée correspondant à un procédé de production breveté pour la fabrication de masses oscillantes frappées (galvanoplastie + étampage). Par ailleurs, Cendres+Métaux demeure notre marque propre dans le domaine dentaire, où elle continue d’être utilisée pour nos produits et solutions dédiés. Notre agenda se concentre ainsi sur le renforcement industriel du groupe CMSA, sans développement de nouvelles marques commerciales.

Vous avez engagé un étudiant en histoire, qu’espérez-vous encore retrouver dans votre passé?

Nous avons 140 ans d’archives et un total pour toutes nos entreprises de plus 600 ans d’histoire, de brevets, d’objets, de photos, de documents techniques et commerciaux. Notre souhait est de retracer et structurer un patrimoine industriel unique, mettre en valeur les innovations oubliées, comprendre les décisions stratégiques passées, préserver la mémoire de centaines de collaborateurs, documenter notre rôle dans l’horlogerie et la medtech suisses, alimenter notre culture d’entreprise. Il s’agit d’un petit mandat ponctuel, dont le but est avant tout de clore correctement les travaux liés à notre jubilé et de valoriser ce qu’il reste encore à documenter. Cet étudiant nous aide ainsi à connecter le passé au futur.

Que signifie pour vous le mot résilience?

La résilience est un fil rouge de l’histoire de CMSA, visible dans chaque période: survivre aux crises économiques, s’adapter pendant la guerre, se transformer face aux mutations du marché, intégrer de nouvelles compétences, innover, être curieux, adapter au demande de nos partenaires, investir dans nos talents et dans le savoir-faire. Pour moi, la résilience, c’est savoir se réinventer sans perdre son essence, rester agile et polyvalent dans un monde instable, considérer le changement comme une opportunité, vivre une culture de «feedback» et de «droit d’erreur» pour innover.

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