Le jour viendra où seul un CEO avisé et visionnaire pourra et devra arrêter la course à l’amélioration! Histoire qu’il reste encore, ici où là, surtout dans un garde-temps mécanique issu de l’excellence industrielle, quelque humanité.
Joël A. Grandjean, rédacteur en chef JSH Magazine & Swiss-Watch-Passport.ch
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©photo David Olifson – La Bagatelle Genève
Je parle ici des plus ou moins grands volumes, pas de toutes ces niches qui célèbrent et transcendent le fait-main. Car la machine intelligente s’aide de l’IA pour se corriger, s’adapter. Elle apprend de ses erreurs et arrive au point d’être si parfaite qu’elle risque d’enfanter le froid, le «sans âme». Elle imite si bien l’opérateur, sans ses fatigues, ses pellicules et ses coups de mou, qu’elle est même capable de simuler ses inévitables imperfections, les défauts de son humaine condition!
Histoire qu’il reste encore quelque humanité ici où là, aussi dans un garde-temps mécanique issu de l’excellence industrielle»
Ce nouveau danger, bien réel, guette l’horlogerie des volumes qui, pour la première fois dans ses phases d’industrialisation, doit faire face à la machine elle-même. Cette réflexion n’est pas de moi. Je l’ai captée d’un patron horloger. Il s’exprimait presque à contre-cœur puisqu’il devait tenir tête à son propre formatage d’ingénieur, quelqu’un formé pour justement réprimer, par la précision de ses plans et de ses programmations, la plus imperceptible des imperfections. D’après lui, il est urgent de placer le curseur là où la perception d’une «human touch» est encore possible. Car la machine 4.0 augmentée apprend vite! Elle n’a pas d’état d’âme et fascine même ceux qui l’ont conçue.
Or une montre reste une magie, celle de plus d’une centaine de composants qui s’imbriquent les uns dans les autres et coexistent pour le bien de la marche la plus précise possible. Considéré comme un génie de son siècle, un vieil horloger me confiait qu’il est bien plus facile de trouver pourquoi une montre ne fonctionne pas que de comprendre pourquoi elle marche! Implicitement, cet artiste du coup de main, cet authentique «doigts d’or», avouait cette part d’humanité qui, telle une valeur sûre à retardement, sommeille dans les entrailles Swiss made de tout garde-temps mécanique. L’humilité horlogère, si humaine…
La machine intelligente 4.0 imite si bien l’opérateur, sans ses fatigues, ses pellicules et ses coups de mou, qu’elle est même capable de simuler ses inévitables imperfections!»










