Constructrice en habillage horloger depuis plus de 30 ans et formatrice à La Chaux-de-Fonds, Angélique Chappuis fait du Brésil son nouveau marché. Portrait d’une professionnelle qui sait transformer les crises en opportunité.
Par Emmanuel Alder / Journaliste indépendant JSH Magazine & TàG Press +41
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Interface sophistiquée entre deux univers
Le métier qu’elle exerce, dès 2016 comme consultante indépendante, est rarement mis en lumière. Il est pourtant le trait-d’union subtil, dans la naissance des montres, entre les expertises parfois irréalistes des designers et des créatifs et celles souvent trop terre-à-terre de la faisabilité et des mises en production. Indépendante depuis 2016, particulièrement psychologue, elle sait parler à l’oreille des deux mondes, leur trouver des terrains d’entente.
D’ailleurs, en matière de discours et d’écoute, son activité d’enseignante à temps partiel à l’École d’arts appliqués de La Chaux-de-Fonds depuis 2018 lui ouvre, surtout dans la période après Covid, de nouvelles perspectives. Et, la crise lui donnant des ailes, une forme de retour aux sources: «il fallait que je trouve d’autres territoires, d’autres produits et d’autres marchés» souffle-t-elle.
De São Paulo à Hauterive en terres de Neuchâtel
Naturellement, elle y est née, son regard se tourne vers le Brésil. De loin d’abord, elle observe ce marché méthodiquement: réseaux sociaux, acteurs en place, marques horlogères existantes ou en gestation. Le constat est sans appel: «du point de vue de la formation, il n’y avait pas d’école. Quelques initiatives autour de la réparation, mais pour la conception horlogère, il n’y avait rien». En parallèle, l’intérêt pour l’horlogerie y explose. Elle observe des comptes Instagram passer de 5k à 150k abonnés en six mois. «J’ai réalisé qu’il y avait au Brésil une vraie soif de savoir horloger».
Dès lors, en 2021, elle commence par développer un cours de culture horlogère suisse entièrement en portugais. Premier test en juillet 2025 avec une trentaine d’élèves, tous scotchés à leurs écrans; depuis avril 2026, une deuxième volée réunit vingt-six participants aux profils éclectiques: cinq médecins, des fondateurs de marques, un avocat, un chauffeur Uber, des retraités.


Onze sessions de trois heures chaque samedi matin, de São Paulo à Genève. «Les Brésiliens sont très curieux, ils participent beaucoup, ils apportent une très bonne ambiance. Pour moi, c’est un régal!»
L’expérience s’enrichit aussi d’une dimension intime: «Je donne ce cours en portugais, ma langue d’enfance. Après 37 ans en Suisse, je dis souvent que quand je parle portugais, mon cerveau est heureux…»
Victoire du présentiel, un séminaire
Angélique Chappuis revient de São Paulo où elle vient d’organiser son premier Séminaire brésilien d’horlogerie. Autour du thème «La montre comme produit», elle incarne la partie habillage horloger, tandis qu’Adriano Passarelli, écrivain horloger brésilien se charge des mouvements. Douze participants pour cette première édition, la moitié venant d’autres régions du pays. «L’intérêt ne vient pas seulement de São Paulo» s’enthousiaste-t-elle.
«Le Brésil est un marché qui mérite d’être regardé avec beaucoup d’attention» assure Angélique Chappuis qui sera au Brazil Watch Show 2026. Elle y donnera une conférence sur l’histoire de la femme dans l’industrie horlogère suisse, signe d’une démocratisation en marche.
Son développement au Brésil va au-delà de la pédagogie puisque la moitié de sa clientèle dans son activité première de construction en habillage, est désormais brésilienne. Ça tombe bien, l’accord de libre-échange entre l’AELE et le Mercosur encourage devrait exonérer de droits de douane la grande majorité des exportations suisses vers la région. De plus, elle note une évolution culturelle des mentalités: «Avant, lorsqu’une montre ne portait pas le Swiss made, beaucoup de Brésiliens s’en désintéressaient. Aujourd’hui, ils comprennent qu’une montre peut intégrer un mouvement suisse tout en ayant un habillage conçu ailleurs».











