[paru dans JSH fin 2024] Il est journaliste horloger au Figaro et l’une des plumes spécialisées les plus lues de la sphère francophone. En marge de son job, son livre poignant «Concorde Rouge» rappelle qu’il est aussi.. un auteur.
Joël Grammson, journaliste JSH & Swiss Watch Passport (by JSH)
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Un auteur qui a échappé à une fin sordide et qui manie son récit, en mode victime assumée, sans jamais glisser dans le victimaire ou le larmoyant.
«Je suis devenu un survivant»
En fait, il ne devrait pas être là aujourd’hui, parmi nous. C’est un miracle s’il peut aujourd’hui servir aux lecteurs du Figaro leur quasi quotidien article sur les montres. S’il peut même occuper le terrain de l’actu littéraire avec son «Guide des Montres Vintage», un ouvrage de mémoire qui fait le buzz.
Dans Concorde Rouge, il confesse: «On vit, on court, on travaille. On croit que tout est sous contrôle. On ne pense jamais que tout peut s’arrêter. Moi aussi, je vivais, je courais, je travaillais. Comme tout le monde. Mais un 13 novembre, tout s’est arrêté. Quand on prend le métro, on ne se dit pas que l’on peut aussi y laisser sa peau. Il aurait suffi d’un coup de pied de plus pour que j’y laisse la mienne. Aujourd’hui, j’ouvre les yeux, je respire, je me lève. Je suis encore vivant. J’en ai rarement eu autant conscience qu’à présent. J’ai franchi le cap de la cinquantaine. Je vais pouvoir continuer de vieillir. Jamais je n’aurais cru en être heureux. Je suis devenu un survivant».
Le titane en renfort
Tout bascule un soir de novembre, ce 13 devenu indélébile, à la station de métro Concorde. Une femme se fait agresser, il vole à son secours, s’en mêle. Les coups pleuvent soudain, la violence se déchaîne, l’acharnement. Son visage tient aujourd’hui grâce à une cinquantaine de plaques de titane fixées sous sa peau. Quant à l’acceptable de son quotidien, il reste pendu au fil des antidouleurs.
On en parle souvent, certes, de ces agressions. Étonnamment, l’agresseur semble toujours faire cas de plus d’attentions que l’agressé. On le décrit, on le médiatise… Quid du rescapé, de ses combats, de ses retrouvailles avec la vie, la santé? Cette solitude-là, post-tsunamique, celle de l’après désastre, celle qui tend à recoller les mille morceaux épars, qui s’en soucie? Procès, tribunaux, audiences, froids existentiels, autres coups portés par le système aveugle? «Judikael Hirel pousse toutes les portes, n’élude aucune question et trouve les mots justes pour parler d’un sujet devenu central dans nos sociétés» prévient son éditeur, la célèbre enseigne «le cherche midi.»









