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Expresso avec Sylvain Jacques, CEO du groupe LTM, Le Temps Manufactures

Temps de lecture : 4 minutes

Ancien régleur Valjoux, après une parenthèse genevoise, il revient dans son Val de Travers, avec une discrétion dont il conserve encore quelques travers! Il œuvre depuis au rayonnement des calibres d’excellence…

Joël A. Grandjean, rédacteur en chef JSH Magazine & Swiss-Watch-Passport.ch
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Sylvain Jacques face aux marques qui le challengent: «nous savons faire le ‘mouton à cinq pattes’, des platines galbées, travailler les matériaux amagnétiques, laiton sans plomb, métaux précieux et d’autre matériaux très innovants...»

À la vingtaine, comme régleur, il fait ses armes notamment sur des ébauches et des platines 7750. Puis, après Prodor à Genève, il rejoint la célèbre unité «Piaget complications» à la Côte-aux-Fées. Enfin, par suite du rachat historique par le groupe Richemont entre autres de la marque Piaget, il devient la cheville ouvrière de ce qui est aujourd’hui considéré comme l’armature Richemont en matière de calibres. Oui, et les initiés l’attestent, la Manufacture Horlogère ValFleurier (MHVF), lui doit beaucoup!

Avant de rencontrer Sylvain Jacques et de tenter, entre Fleurier et Couvet, de suivre son pas décidé dans la partie émergée des coulisses du groupe Le Temps Manufactures, incluant Centagora, Unimec, Decotech et Reldhis, j’avais tendance à minimiser cette entité: je l’avais juste qualifiée en 2022, dans un précédent numéro, de «Motoriste à part». En fait, le groupe LTM, c’est bien plus!

Rencontre et franc-parler

Parti avec CHF 50’000.– de fonds propres, Sylvain Jacques se retrouve en 2025 à la tête d’un groupe manufacturier indépendant parmi les plus secrets de l’horlogerie d’excellence Swiss made: fabricant complet de calibres et de complications, concepteur et producteur de machines et de robots qui servent l’ensemble de la branche.

Vu votre cursus, on pourrait presque dire que vous êtes un dinosaure!

Cela fait en effet 35 ans que je suis «dans le calibre.» J’étais dans les 17 personnes «Piaget» transférées de la Côte-aux-Fées à Buttes pour créer ValFleurier. J’en suis parti en 2008, il y avait 200 collaborateurs.

Pourtant, dans le secteur, hormis les initiés, qui vous connaît?

Sylvain Jacques: « Je suis un homme de l’ombre, j’ai toujours voulu être dans l’ombre! »

C’est raté, vous avez accepté cette interview! D’où vient le groupe LTM?

Notre culture, c’est la discrétion. Car au départ, nous étions des fabricants de composants, pas de mouvements.

Aujourd’hui, qu’est-ce que vous ne fabriquez pas en fait?

Nous sommes une vraie manufacture, capable de faire ses propres mouvements, ses propres mobiles, des cadrans, ou même des boites de montre. Nous allons jusqu’à la tête de montre en private Label. Hormis les «assortiments», les ressorts de barillets, certains cadrans et les glaces…, tout le reste, on le fait à l’interne.

En terme de volumes, à qui vous adressez-vous, aussi aux indépendants?

Les petites séries, nous savons les faire! De 1 à 15’000 pièces, tels sont les quantités dans lesquelles nous sommes à l’aise. C’est notre particularité, notre spécialité. C’est notre cœur de métier. Nous avons environ 25 clients historiques, quasiment toutes les grandes maisons. Et de nouveaux clients arrivent et nous font confiance…

Du coup, vous allez grandir?

Nous ne voulons pas aller trop vite, nous ne voulons pas grandir. Nous souhaitons surtout servir dans les délais ceux qui nous font confiance dès le début.

Quand on vous connaît, en pense Fleurier. Pourtant, vous êtes aussi à Couvet?

Sur le site de Fleurier, ce sont 90 personnes (Ndlr, dans l’ancienne usine Numa Jeannin, également devenue par la suite le siège de Vaucher Manufacture Fleurier). Nous y faisons du T0, du T1, des décorations, du R&D, des méthodes industrielles et notre logistique.

À Couvet, ce sont 40 collaborateurs dans 3’000 mètres carrés d’ateliers, climatisés et refaits à neuf

Nous disposons d’un parc machine pour l’usinage (Ndlr: 60 CNC en tous cas), le fraisage 3/4/5/6 axes, de l’érosion fil, et même le décolletage.

Vous êtes réputés pour vos calibres de petite taille?

Les calibres LTM 2000, la version manuelle et la version baptisée LTM 2100 à remontage automatique, sont des cœurs qui ont été conçus sur les bases de mouvements anciens des années 1970. Ces cœurs alors considérés comme les plus petits du marché portaient les références FP 6.10 et FP 6.15. et sont complètement interchangeable en SAV. Malgré leurs similarités avec les modèles d’antan, la mise au point de ceux proposés par LTM a demandé 3 ans de développement: nous avons tout redéveloppé. Les deux font 6 3/4 lignes et ont un diamètre d’encageage de 15,3 mm. Quant à nos calibres baguettes, comme le 9×21 mm choisi par Caran d’Ache, ils sont prisés par les marques joaillières.

Sylvain Jacques: "C’est une vraie compétence machine-outil Swiss made au Val de Travers, avec de la polyvalence et une grande possibilité d’applicatifs que ce soit pour la fabrication de mouvements, de cadrans, d’habillages horlogers et ou toute autre application d’usinage microtechnique"

Il paraît que vous fabriquez en plus vos propres machines?

La société Centagora, dans le groupe LTM, dispose d’une avancée technologique énorme: nous avons robotisé nos propres centres d’usinage et nous pouvons offrir à d’autres fabricants ou utilisateurs de machines, nos cellules d’automation. Puis, face au renouvellement programmé de notre parc machine, à raison en tous cas de 4 unités par année, nous nous sommes dit qu’il valait la peine de nous lancer dans la conception et la fabrication de nos propres machines.

« Qu’ont de plus vos machines »

«Nous amortissons nos machines sur 7 ans mais nous pouvons les utiliser sur 15 ans minimum. Nous avons donc travaillé sur la fiabilité (...). Nos centres d’usinage, selon des méthodes traditionnelles de fabrication, sont équipés des dernières technologies numériques et d’asservissement. Nous avons créé entre autres deux machines, avec châssis en fonte, moteur linéaire, broche 60’000 tours/minute».

Machines MINI CUB 800 ou MINI CUB 1000

Sylvain Jacques: «Nous voulions faire des machines plus petites, 1 mètre carré au sol. Nous les proposons d’ailleurs à d’autres, nous avons une capacité de production de 20 à 30 unités par année, et depuis le dernier EPHJ, au travers des commandes, nous savons qu’elles ont un marché très prometteur».

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