Les valeurs fondatrices du 2ème plus ancien journal horloger au monde, résonnent encore dans la conscience éditoriale de l’équipe actuelle. Fondé à Genève par la Société des Arts, le Journal Suisse d’Horlogerie JSH publie son tout premier édito en juillet 1876. Très actuel, ce texte aurait bien pu être, 150 après, l’édito de l’édition anniversaire.
Joël A. Grandjean, rédacteur en chef JSH Magazine & Swiss-Watch-Passport.ch
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A nos lecteurs
Avec ces lignes paraîtra le premier numéro du Journal suisse d’Horlogerie.
Nous n’avons pas à insister sur l’importance d’une publication de ce genre en Suisse. Le nombre infini de journaux spéciaux qui paraissent actuellement prouve assez le besoin que ressentent les gens du même métier de se grouper, de se faire part mutuellement de leurs observations, en un mot d’agir avec ensemble.
Ce besoin s’est fait si bien sentir chez nous, que déjà, à plusieurs reprises, la question de la création d’un journal horloger a été discutée et approfondie. Quelques essais pratiques même en ont été faits, en particulier au Locle en 1858 et à Saint-Imier en 1865.
Ces publications, pour plusieurs causes qu’il serait oiseux de détailler ici, n’ont pas réussi.
En 1874, M. Jacot, professeur de mathématiques à Colombier, profitant des expériences faites, reprit l’affaire en main et après l’avoir mûrement étudiée, écrivit au mois de Juillet de la même année un rapport dans lequel il posait les bases d’un journal destiné à représenter les intérêts de l’industrie horlogère. Cet appel, que M. Jacot a eu l’obligeance de nous communiquer, et auquel nous empruntons les détails qui précèdent, ne trouva, malgré les excellentes idées qu’il contenait, qu’un faible écho, et le projet fut de nouveau abandonné.
Enfin, au commencement de l’hiver dernier, M. le professeur Wartmann, président de la Classe d’industrie et de commerce, voyant la Section d’horlogerie, quoique encore bien jeune, prendre une vie et un élan inespérés, souleva de nouveau cette question en démontrant toute l’utilité, la nécessité même d’un organe particulier à l’horlogerie suisse.
La Section se mit immédiatement à l’œuvre, et son travail aboutit à la fondation du Journal suisse d’Horlogerie.
Examinons maintenant aussi brièvement que possible le rôle que ce journal est d’après nous appelé à remplir.
Notre industrie s’élevant de plus en plus dans le domaine de l’art et de la science, voit chaque jour surgir de nouveaux progrès. Ce qui était bon hier n’est plus que médiocre aujourd’hui, sera peut-être oublié demain.
Un grand nombre de nos horlogers suisses, c’est un hommage à leur rendre, prennent part à ce mouvement et cherchent à perfectionner. Mais si quelques-uns arrivent à un résultat, beaucoup, en revanche, ne rencontrent après bien des efforts que des déceptions ; car malheureusement, dans cette course fiévreuse au nouveau et au mieux, la plupart ignorent ce qu’ont fait leurs prédécesseurs, ce que font leurs contemporains, et consacrent un temps précieux à la recherche d’utopies, dont un bon conseil, un renseignement venu à propos aurait pu leur montrer la vanité.

C’est qu’on ne demande pas conseil, on se cache. De deux pays, de deux cantons, et même bien souvent de deux districts voisins, l’un ignore ce que fait l’autre. Bien souvent aussi chacun d’eux croit être le seul coin de terre où l’on trouve des hommes remarquables, de vrais génies, et s’écrie dans un saint orgueil : Il n’y en a point comme nous.
Avec cela, tout est dit, mais rien n’est fait. Le progrès ne se réalise, en effet, que grâce au concours régulier et collectif de tous les esprits. Une machine ne peut fonctionner convenablement que quand tous les organes adaptés soigneusement les uns aux autres, reçoivent la même impulsion, transmettent la même force. Avez-vous un engrenage criard, un arbre qui fouette, l’appareil marchera peut-être encore, mais une quantité considérable de force sera perdue.

Habituons-nous donc à nous considérer, nous, horlogers suisses, comme les organes d’une seule et même machine, dont le produit final doit être le progrès de notre art. Voilà le but.
Nous ne voulons certes pas prétendre que notre journal soit le moyen unique et suffisant pour l’atteindre ; mais il y contribuera, nous l’espérons, vigoureusement, en ouvrant aux diverses classes de fabricants et d’ouvriers une voie de communication, une bourse (qu’on nous pardonne cette comparaison) où pourront se négocier et s’échanger les idées, les conceptions qui se rattachent à l’horlogerie.
Par ces quelques mots, nos lecteurs comprendront que cette publication a été créée pour le bien et le profit de tous, qu’elle doit rendre des services au plus humble artisan comme à l’artiste et au savant.
Que ces derniers ne s’étonnent donc pas d’y trouver parfois des sujets qui leur paraîtront bien élémentaires, comme aussi l’ouvrier peu instruit ne devra pas se formaliser de quelques articles qui seront peut-être hors de sa portée. Dans ce cas, il devra se rappeler que la rédaction, fidèle à son programme, sera heureuse de donner des éclaircissements à ceux qui en demanderont.
Nous engageons même vivement tous ceux de nos lecteurs qui verront dans l’horlogerie quelques points qui méritent particulièrement d’être étudiés, à nous les signaler, et à nous adresser des questions que nous transmettrons pour les résoudre aux personnes compétentes.
Demandes et réponses concernant des sujets de quelque importance seront, sauf avis contraire, insérés dans nos colonnes.
Enfin, malgré tout le soin que nous mettrons à la bonne réussite de notre journal, il est clair que, comme toute œuvre humaine, il ne sera pas irréprochable. Aussi faisons-nous, avant tout, appel à l’indulgence, comme à l’aide et aux bons conseils de tous nos lecteurs.
LE COMITÉ DE RÉDACTION
NB: Le Comité de Rédaction ne prend la responsabilité que des articles signés par lui.












